Si, pour le sens commun, le temps apparaît comme un concept totalement naturel – en tant que simple durée quantifiable – on pourrait difficilement penser à une construction aussi éminemment sociale. Notre perception de l’écoulement du temps est entièrement façonnée par la société dans laquelle nous évoluons : dans notre cas, par la société capitaliste avancée. Ainsi, le seul temps qui importe, dans un monde dominé par le mode de production capitaliste, est le temps abstrait ; c’est-à-dire un temps figé, mesurable, standardisé,  indépendant des événements vécus, extérieur au sujet.

     Ce temps, c’est le temps de la marchandise qui asservit l’entièreté de notre existence, c’est le temps du procès de production hautement rationalisé qui s’étend partout en dehors du travail. Ce temps, c’est un temps absolument indifférent au contenu concret de la pratique humaine. Peu importe que le soleil se lève à 5h ou à 9h, le temps de la non-vie nous somme impérieusement de nous lever à la même heure tout au long de l’année pour répondre aux exigences du capital. Face à l’objectivité illusoire mais non moins réelle, parce qu’acceptée comme telle, du temps abstrait, l’être humain ne peut qu’assister de manière contemplative au déroulement du monde. Mais reconnaître l’existence du temps abstrait, c’est reconnaître la possibilité d’un temps autre. Reconnaître la possibilité d’un temps autre, c’est déjà l’exiger. Ce temps autre, c’est un Temps Libre.

     La création d’un tel temps libre, même temporellement défini, en tant que temps libéré de la marchandise et de ses lois, permet la construction réellement consciente de ce moment, comme un écho à la construction d’une situation, construction qui ne peut que donner un goût impérieux de liberté. Ce désir porte en lui la possibilité et la nécessité de l’étendre au delà de sa propre existence et de créer un temps libre permanent ; c’est-à-dire, le communisme.

     La tâche d’un groupe comme le nôtre se retrouve d’une part, dans le développement de la théorie révolutionnaire prolétarienne – théorie qui saisit les mécanismes réels et les possibilités concrètes du dépassement du capitalisme – et d’autre part, dans l’intensification de la pratique révolutionnaire. Il va sans dire que ces deux « moments » de la lutte révolutionnaire ne s’opposent absolument pas mais, au contraire, se nourrissent et s’enrichissent l’un et l’autre. Ainsi, la réussite du groupe a pour unique critère la contribution à la réalisation de son objectif : libérer pour de bon notre vie quotidienne du temps abstrait, transformer l’existence aseptisée de l’être humain spectateur en une vie exempt de temps mort, ou dit autrement, édifier un temps libre permanent ; édifier le communisme.